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La Mirerevue de la performance audiovisuelle live

Les bandes

Numériser une K7 à la régie : le protocole

Numériser des cassettes se fait en temps réel : une bande de trois heures prend trois heures. Voici comment organiser la séance pour ne pas avoir à la recommencer.

Ordinateur portable affichant une interface de capture de bande, relié par des câbles à un boîtier d’acquisition

Une séance de numérisation n’est pas un travail d’informatique, c’est un travail de banc : on prépare, on lance, on surveille, on vérifie. La contrainte fondatrice est que la capture se fait en temps réel, une bande de trois heures occupe trois heures de machine et de personne. Tout ce qui est mal préparé se paie donc en heures entières, et c’est la raison pour laquelle un protocole écrit vaut mieux qu’une bonne mémoire.

Le contrôle avant capture

La séance commence loin de l’ordinateur. On aligne les cassettes dans l’ordre de passage, on note pour chacune sa durée annoncée, son étiquette telle qu’elle est, sans la corriger, et son état apparent. Une étiquette fausse est une information : elle sera consignée à côté de ce que la bande contient vraiment, pas remplacée.

Vient ensuite le rembobinage. Une bande stockée des années dans la même position a pris des tensions inégales ; on la fait défiler entièrement dans un sens puis dans l’autre à vitesse rapide, sur un appareil dédié si on en a un, sinon sur le magnétoscope de lecture. Ce passage prévient une partie des décrochages et révèle immédiatement les bandes qui frottent.

On règle enfin le point le plus souvent oublié : la piste de contrôle et l’alignement. Beaucoup d’enregistrements domestiques ont été faits en vitesse longue durée, sur des appareils déréglés. Le réglage manuel de suivi de piste du magnétoscope, quand il existe, se cherche image par image sur un passage stable, pas sur un générique. Une minute passée ici enlève une heure de neige plus tard.

La capture et ses réglages

Le format de capture se décide une fois pour toute la séance. En Europe, la matière issue d’un magnétoscope arrive en définition standard 625 lignes, que le codage numérique de studio décrit avec 720 échantillons par ligne active, à une fréquence d’échantillonnage de luminance de 13,5 MHz, selon la Recommandation UIT-R BT.601-7 de mars 2011. On capture dans ce format, sans redimensionner, sans désentrelacer et sans recadrer : ces trois opérations sont réversibles plus tard si on garde l’original, irréversibles si on les applique à la capture.

Le niveau se règle avant la première cassette, jamais pendant. On cherche un réglage où les blancs de la bande ne viennent pas taper contre le plafond du codage et où les noirs ne se referment pas. Le repère normatif est utile ici : en huit bits, le codage de studio place le noir au niveau 16 et le blanc de crête au niveau 235. Une capture qui colle au plafond a perdu de l’information définitivement, et aucun traitement ultérieur ne la ramènera.

Pendant la capture, la personne présente ne regarde pas l’écran d’ordinateur : elle regarde l’image et écoute le son. Les incidents qui comptent, perte d’asservissement, saut de piste, coupure d’enregistrement d’origine, se voient à l’oeil et se notent avec le temps compté depuis le début. Ce cahier de séance vaut plus que n’importe quel journal automatique, parce qu’il dit ce qu’il faut aller revoir.

Vérifier, nommer, archiver

La vérification se fait le soir même, jamais le lendemain, parce que la bande est encore là et le lecteur encore chaud. Elle porte sur quatre points : le fichier s’ouvre entièrement, sa durée correspond à ce qui a été lu, le son est présent du début à la fin, et les passages notés au cahier sont bien ceux qu’on avait vus. Un fichier de trois heures qui s’ouvre mais s’arrête à la deuxième minute est une panne fréquente et silencieuse.

Le nommage doit survivre à celui qui l’a fait. Nous conseillons quatre éléments dans le nom du fichier, séparés par des tirets simples, sans accent ni espace : la date de la séance de numérisation en année, mois, jour, un identifiant court et stable de la cassette, l’étiquette d’origine transcrite telle quelle, et la mention du rôle du fichier, conservation ou travail. Le reste appartient à une fiche texte posée dans le même dossier, qui contient le cahier de séance, l’état constaté de la bande et la machine utilisée. Cette fiche est ce qui distingue une collection de fichiers d’une archive utilisable.

Le format de conservation, enfin, se choisit une fois : un encodage sans perte, ouvert et documenté, plutôt qu’un format d’éditeur. L’IASA, dans ses lignes directrices de 2019, recommande FFV1 en Matroska, et FFV1 est publiquement décrit par la RFC 9043 de 2021. C’est ce qui garantit qu’un fichier numérisé aujourd’hui restera lisible sans négocier avec personne.

Sources vérifiées le 5 septembre 2026 : UIT-R BT.601-7, mars 2011 pour le format d’échantillonnage et les plages numériques ; IASA-TC 06, révision 2019 et RFC 9043, août 2021 pour le format de conservation.