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La Mirerevue de la performance audiovisuelle live

Le signal

La mire, les barres et le générique

Les barres de couleur ne sont pas un ornement rétro : ce sont des signaux normalisés qui servent encore, en salle, à savoir si ce que l’on voit correspond à ce que l’on envoie.

Grand écran de salle affichant une mire de barres colorées, premières rangées de sièges vides au premier plan

Les barres de couleur sont devenues un motif décoratif dans beaucoup de pièces, et c’est dommage, parce qu’elles servent d’abord à quelque chose de très concret : vérifier qu’une chaîne restitue ce qu’on lui envoie. Avant d’être une image, une mire est un instrument de mesure que l’on peut lire à l’oeil nu, sans appareil, depuis le fond de la salle.

La mire avant la performance

Le geste tient en trois minutes et se fait une fois le projecteur allumé et chaud. On envoie les barres depuis la source réelle du spectacle, pas depuis le menu interne du vidéoprojecteur : c’est toute la chaîne qu’on teste, pas l’appareil de sortie. On regarde ensuite trois choses. Les six barres colorées doivent se distinguer les unes des autres sans qu’aucune ne bave sur sa voisine. Le blanc doit rester un blanc, pas un blanc rosé ni bleuté, ce qui trahit une dominante de la lampe ou du mur. Et la zone la plus sombre doit se séparer du noir : si elle disparaît, on a perdu les basses lumières, et toute la matière sombre de la pièce sera perdue avec.

Ces signaux ont des références normatives, et il vaut mieux savoir laquelle on invoque. La nomenclature et la description des signaux de barres de couleur relèvent de la Recommandation UIT-R BT.471-1, publiée en juillet 1986 : c’est elle qui décrit les motifs usuellement appelés barres 100/0/75/0. Le document EBU Tech 3213, daté du 30 août 1975, est souvent cité à sa place par confusion : il fixe en réalité les tolérances de chromaticité des moniteurs de studio, ce qui est un sujet voisin mais différent. Côté américain, la mire d’alignement pour moniteurs est décrite par SMPTE EG 1-1990, et la mire compatible haute définition par SMPTE RP 219, publiée en 2002 puis révisée en 2014.

La partie basse de la plupart des mires porte un dispositif qu’on oublie et qui règle pourtant le réglage le plus mal fait des salles : les trois bandes de gris très sombres, l’une légèrement sous le noir de référence, l’une au noir, l’une légèrement au-dessus. Elles servent à trouver la position de luminosité correcte du projecteur : on l’abaisse jusqu’à ce que la bande sous le noir disparaisse et que celle au-dessus reste tout juste visible. C’est le seul geste qui distingue un noir de salle d’un gris sale, et il se fait en trente secondes, une fois la salle dans ses conditions réelles de lumière, rideaux fermés et issues de secours allumées comme elles le seront pendant la pièce. Le refaire après avoir changé de mode d’image sur le projecteur, car ces modes remettent souvent la luminosité à leur valeur d’usine.

Cartons et génériques

Un carton n’est pas un titre : c’est une respiration et un contrat avec la salle. En performance, trois usages tiennent debout. Le carton d’entrée, affiché pendant que le public s’installe, donne à la régie une image stable pour finir ses réglages et évite le fond bleu du projecteur qui annonce une panne. Le carton de bascule, au milieu, sert à changer de matière sans effondrement, parce qu’un noir de dix secondes est presque toujours plus long qu’on ne le croit depuis la régie. Le générique de fin, enfin, résout le problème le plus banal des soirées collectives : dire qui a joué, dans quel ordre, sans qu’une personne prenne le micro.

Le piège classique est typographique. Une lettre lisible sur un moniteur de régie à cinquante centimètres peut être illisible à quinze mètres. La norme ANSI/AVIXA V202.01, publiée en 2016, formalise ce problème pour les systèmes audiovisuels en liant la taille d’image nécessaire à la distance de vision et au type de lecture demandé au spectateur. On peut ignorer la norme, on ne peut pas ignorer le problème : le seul test valable est d’aller lire son propre carton depuis la dernière rangée.

Ce que la revue retient

Nous retenons les barres comme outil, pas comme signature graphique. Une pièce qui ouvre sur des barres parce que c’est joli n’apprend rien à personne ; une régie qui envoie ses barres avant l’entrée du public gagne, chaque fois, quelques minutes de panique en moins et une image qui ressemble à ce qu’elle avait préparé. Entre les deux, il y a tout un travail plastique légitime sur le motif, à condition d’assumer qu’il s’agit alors d’une citation et non d’un réglage.

Sources vérifiées le 5 septembre 2026 : UIT-R BT.471-1, juillet 1986 pour la description des signaux de barres ; EBU Tech 3213, 1975 pour les tolérances de chromaticité des moniteurs de studio ; ANSI/AVIXA V202.01, 2016 pour la taille d’image et la distance de vision. Les références SMPTE EG 1-1990 et RP 219 sont citées par leur numéro seul, faute d’accès au texte normatif complet.